Pommes de terre : est-ce que ça vaut 100 patates !
- Élodie

- 28 mars
- 4 min de lecture
On dit souvent dans le cercle des maraîchers que la patate est un produit inévitable, mais que c’est une culture qui ne rapporte rien, ou bien peu. On appelle cela un produit “appel client”.
Quelle tristesse !
Je viens d’une région où la patate a sauvé des vies pendant la guerre (ou peut-être le topinambour… mais ça, c’est une autre histoire).
Au détour de rencontres fort intéressantes, j’ai appris à cultiver la pomme de terre (le terme “patate” reste assez disgracieux, vous ne trouvez pas ?) de manière différente de celle de nos aïeuls.
Il me faut vous conter ces rencontres.
Une rencontre… au bon moment
Il est bientôt midi et l’heure des gargouillis va bientôt se faire entendre.
N’étant pas bloqué au jardin en cette fin de matinée, j’en profite pour rencontrer une amie, elle-même maraîchère, autour d’une table du terroir.
Il s’avère qu’elle est accompagnée d’un aimable jeune maraîcher (encore un !) avec qui elle comptait échanger quelques bonnes pratiques.
La rencontre me met d’autant en appétit que nous sommes en début de saison. Il y a tant à créer, inventer… en ce début de février que ce déjeuner s’annonce passionnant.
Eh bien, vous n’allez pas me croire… mais ce fut le cas. Passionnant !
Que font trois jeunes maraîchers (oui, jeune même à 50 ans !) autour d’un délicieux déjeuner ?
Ils parlent de culture. Incroyable !
La méthode traditionnelle
Bon, je ne vais pas vous faire attendre plus que cela et je vous révèle ce que j’ai appris en cette magnifique journée d’hiver.
Posons d’abord les bases : savez-vous comment on cultive traditionnellement les pommes de terre ?
Sachez que cela est assez fastidieux.
Il faut tout d’abord une terre meuble, relativement légère, sur plusieurs centimètres et bien nourrie.
Une fois ces premières conditions remplies, vous devez vous procurer des pommes de terre qui seront la souche (comme un clonage) de vos nouveaux plants.
Ces plants souches, laissez-les quelques jours à l’air libre, comme en vacances dirons-nous, sous des températures pas trop fraîches tout de même (des vacances sans soleil, ce n’est pas des vacances, on est d’accord). Disons environ 3 semaines avant la plantation.
Bien, voilà le jour de la plantation.
Dans les conditions les plus favorables, disposez le plant à au moins 10 cm de profondeur, avec le germe vers le haut (oui, pendant ses vacances, le bulbe aura normalement fait des germes… vous avez déjà profité de vacances tous frais payés sans rien donner en retour, vous ? Ben non, soyons honnêtes, tout se paie !).
Recouvrez de terre et faites en sorte que, pendant les semaines à venir, il n’y ait pas de mauvaise voisine qui s’approprie le nid douillet de votre plantation (en moins imagé : bien désherber).
Au bout de quelques semaines, alors que votre bulbe aura réapparu sous forme de plante avec tige et feuilles, vous pourrez “butter”, c’est-à-dire ramener la terre autour du plant sous forme de butte. Pour cela, on utilise un buttoir à patates.
Autant vous dire qu’après toutes ces manipulations, vous n’êtes déjà plus très motivé pour la suite… et je parle là de la récolte.
Il faut retourner la terre avec une fourche prévue à cet effet pour aller chercher les fameuses pommes de terre — et si possible ne pas les enfourcher !
Pour peu que vous ayez choisi une variété un peu capricieuse ou que la saison ait été trop pluvieuse ou trop sèche… vous n’êtes pas prêt pour le résultat qui vous attend !!!

Le secret des maraîchers malins
C’en est trop. Ami maraîcher, révèle moi le secret du grimoire des maraîchers malins.
Et si la patate se croyait dans un trou sombre et douillet… alors qu’elle est en fait sous une toile tissé ?
En une seule phrase, j’ai tout dit !
Mes amis, il s’agit ici de poser vos plants directement sur le sol, à espacement régulier, puis de les recouvrir avec une toile tissé de culture (pas n’importe laquelle), trouée aux bons espacements.
Le plant va se croire sous terre. Il aura bien de la terre à disposition puisqu’on l’aura posé dessus.
Ici :
pas besoin de butter
moins de travail
et lors de la récolte, il suffit de soulever la toile tissé… et de tendre la main
Si vous avez déjà récolté des patates selon la méthode traditionnelle, vous comprendrez à quel point cette méthode est géniale.

Résultats à la ferme
C’est quand même vraiment simple… et en plus, ça fonctionne !
Pour preuve, à la Béziguère :
mi-mars, en culture traditionnelle : plants de 10 cm et environ 75 % de levée
à la même date, avec la méthode sous toile tissé : plants de 25 cm en moyenne et plus de 90 % de levée
Conclusion
Je remercie aujourd’hui ce jour béni où j’ai, en quelque sorte, flemmardé en m’éloignant de mon jardin pour rejoindre la vie sociale “normale” autour d’une bonne table. Comme quoi… 😉
AMEN !

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